J’avais onze ans, j’étais timide, discrète, bonne élève. On m’avait toujours dit que quand il y a un problème, il faut être gentil, discuter gentiment, ne surtout pas frapper, attendre que ça passe. On me disait que c’était mal de « rapporter ». J’avais intégré tout ça, je ne savais pas que ces stratégies « polies » n’allaient pas m’aider. Je suis devenue un vrai punching-ball.

On se moquait de mes tenues, de mon élocution maladroite. On me disait qu’une bonne élève comme moi était forcément une « nulle » qui ne savait rien faire à part travailler toute seule dans sa chambre. On me traitait de « trisomique » et on se moquait encore plus quand j’essayais d’expliquer que ce n’est pas une insulte, juste une bizarrerie chromosomique.
Les choses ont empiré quand j’ai eu de quoi remplir un soutien-gorge. Le premier connard qui m’a donné un coup de poing dans cette région a donné envie aux autres d’en faire autant: ça les amusait follement de me voir me mettre en rage à chaque fois qu’ils faisaient ça. Il m’a fallu des années pour m’en remettre et aujourd’hui encore, quand je marche sur un trottoir étroit et qu’un homme arrive en sens inverse, j’ai toujours tendance à ramener mes bras devant moi pour protéger ma « zone à problèmes ».
On m’a volé mes affaires, on a pourri ma réputation. Je ne dormais plus la nuit, je pleurais tous les jours. Le pire, c’était les conseils inutiles que des personnes bien intentionnées me donnaient: « ignore-les », « rigole », « colle-toi à unetelle, ils n’oseront pas te frapper ». C’était il y a une vingtaine d’années, on ne parlait pas de harcèlement scolaire à l’époque. Je croyais qu’il y avait un problème chez moi, que j’étais la seule. ça a duré les quatre années du collège.
Plus tard, au lycée, tout le monde m’a laissée tranquille et c’est à ce moment-là que j’ai fait une dépression. Je crois que j’étais un peu comme un de ces enfants en malnutrition qui tombent malades quand ils se mettent à manger normalement. Je n’arrivais plus à fonctionner normalement.
J’ai eu mon bac du deuxième coup. A l’époque du lycée, je crois que je me comportais toujours d’une manière un peu dingue et j’ai fait peur aux gens qui m’ont connue à l’époque. Je suis allée à la fac et j’ai fait des psychothérapies. J’ai eu énormément de mal à me trouver du travail: à chaque entretien d’embauche, la peur me paralysait.
Aujourd’hui, ça va mieux. Seulement, j’ai peur pour les enfants d’aujourd’hui. Les nouvelles technologies qui n’existaient pas à mon époque permettent d’apprendre plein de choses sympa, c’est vrai, mais elles permettent aussi aux petits cons d’aujourd’hui de harceler à toute heure du jour et de la nuit. Heureusement, le harcèlement scolaire n’est plus un sujet tabou aujourd’hui. Les gens prennent cela un peu plus au sérieux même s’il y a encore énormément de progrès à faire.
J’aimerais qu’un jour, plus aucun enfant ne soit jamais harcelé.
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