Mes trois premières années de scolarité dans un collège des Midi-Pyrénées furent à peu près convenables, quand bien même certains moqueurs ne relâchaient pas la pression. Minoritaires, je leur accordais peu d’attention, d’autant plus qu’un groupe soudé s’était formé autour de moi. Cependant, peu intéressé par le système scolaire et par son fonctionnement, j’ai vite décroché. Je n’ai jamais été repéré comme étant en échec scolaire. Un jour, j’ai remarqué qu’un redoublant de notre classe reprenait les mêmes cours que nous. Aussi ai-je décidé que, si je redoublais, je changerais d’établissement.

Grosse erreur : dès le premier jour, on m’a abordé pour me demander si j’étais « paumé ». Effectivement, j’arrivais en quatrième où ils se connaissaient déjà très bien, tandis que je ne connaissais que trop peu de personnes. Très vite, je me retrouvais exclu de mes camarades, et c’est ainsi que le harcèlement avait commencé. « T’es moche », « Tu pues », et autres réflexions blessantes fusaient dans la cour de récréation, de façon répétée. D’autres vagues de groupe les accompagnaient, et s’amusaient à cacher mon sac, à balancer mon travail par terre, à me tacler, sans raison, pour voir si « j’allais tomber ».

Après trois années de souffrance, en Juin 2009, année où j’étais en troisième à seize ans, si je n’avais pas encore mis fin à mes jours, c’est uniquement parce que j’ai eu cette pensée, issue probablement de l’instinct de survie : « Attends de voir ce que la vie te réserve ».

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En fait, j’eus raison. Quelques temps plus tard, trois à quatre mois pour être exact, une amitié aura été créée. Par idiotie, immaturité, à cause du passage d’un état dépressif à un état heureux, je reconnais avoir perdu le contact avec la réalité. Si j’en parle, c’est parce que le harcèlement scolaire aura eu, en grande partie, une certaine responsabilité dans cette destruction. La souffrance initiale avait laissé la place à de nouveaux tourments. Après la destruction de cette amitié, je fus à mon tour capable de harcèlement. Pas d’insultes ou de dévalorisations constantes de la personne, mais un florilège de messages alliant justifications, excuses, etc…

Lorsque je pris conscience de l’ampleur de mes actes, je n’ai cessé de m’en mordre les doigts, mais il était bien trop tard. La création de l’association a pour vocation d’aider les jeunes victimes et anciennes victimes de harcèlement, mais elle est née de la souffrance créée dans l’esprit de deux jeunes adolescents. C’est afin de tout mettre en oeuvre pour que cette situation ne se reproduise pas, que l’ALCH a été, en partie, créé.

Je ne saurais jamais assez remercier la personne qui m’a ouvert les yeux sur mon comportement, qui m’a posé cette question : Pourquoi tu fais ça ?

En effet, elle fut le début d’une réflexion personnelle et de mon passage à l’âge adulte.

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Le fin mot de l’histoire : au lycée, malgré toutes les conséquences déjà présentes, des personnes continuaient à me harceler. J’ai reçu des boulettes de papier dans la tête. On a dégradé mon matériel. On m’a envoyé un message insultant sur Facebook. Au collège et au lycée, des rumeurs circulaient à propos de mes relations. Pourtant, je n’aurais jamais été aussi heureux qu’en seconde. Quand, en première, lorsque je dus subir les conséquences de mes actes, je me retrouvais à nouveau seul, je ne connais plus les détails de ce que je pouvais subir, mais je sais que l’on m’en faisait voir de toutes les couleurs. C’est en terminale que j’ai vraiment pris sur moi et que j’ai réellement commencé à grandir. Cependant, au milieu de l’année scolaire, j’avais tout bonnement décidé d’arrêter les études. C’est un choix que je ne regrette qu’à moitié aujourd’hui.

-Ne plus être à l’école m’a donné plus de temps pour obtenir mon permis de conduire, et j’ai pu intégrer une formation sur trois mois. J’ai ainsi découvert ce que je voulais faire. Entre-temps, j’eus la chance de rencontrer celle qui est aujourd’hui présidente de Génér’action Solidaire et secrétaire de l’ALCH. C’est grâce à la formation entreprise que j’ai pu mettre sur pied cette association, et qui m’a permis de savoir de quoi je voulais vivre  dès que possible : il s’agit de la lutte contre le harcèlement à l’école.  Si la formation a été utile pour la création de cet organisme à but non lucratif, il n’aurait jamais vu le jour sans celle qui est aujourd’hui secrétaire et trésorière de l’association.

 

-En revanche, d’une façon ou d’une autre, je suis tout à fait conscient qu’il me faut sélectionner une voie professionnelle dite « classique ». C’est pourquoi je ne sais pas encore comment, sans études, je vais pouvoir accéder à un métier qui correspond à mes centres d’intérêt et à la réalité de la situation socio-économique actuelle.

 

 

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